Je suis bipolaire

C’est quoi « être bipolaire » ?

Etre bipolaire, c’est se trouver souvent entre la frontière de la normalité et de la folie. C’est basculer en un rien d’un état d’euphorie et d’excitation à un état de mal-être et de dépression. C’est de ne plus réussir à gérer ses humeurs et ses émotions. Les troubles bipolaires nécessitent une réelle prise en charge thérapeutique et un traitement adapté. Mais être bipolaire stabilisé, c’est aussi aller puiser en soi le génie créatif pour devenir une personne « libre et heureuse ».

Les symptômes des troubles bipolaires

Vincent Van Gogh était bipolaire. De nombreux peintres célèbres étaient bipolaires et faisaient ressortir leurs angoisses au travers de leurs oeuvres. Vincent Van Gogh et son célèbre tableau « Au seuil de l’Eternité », Edward Munch avec son célèbre tableau « le cri », Camille Monet, Goya et bien d’autres.

l'angoisse du bipolaire
« Au seuil de l’Eternité » Vincent Van Gogh

Mais aussi de nombreux écrivains, Charles Baudelaire, Georges Sand, Lewis caroll et encore bien d’autres.

« C’est par incapacité de vivre que l’on écrit »

« Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit.

C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour »

Christian Bobin, la Part Manquante

                                                                                                                              

Une personne sur vingt souffrirait aujourd’hui de troubles bipolaires. La date de naissance du peintre Vincent Van Gogh, le 30 mars, a d’ailleurs a été choisie pour célébrer la Journée mondiale des troubles bipolaires.

Troubles bipolaires : Le nouveau mal du siècle?

Quels sont les symptômes des troubles bipolaires?

La bipolarité se caractérise par des variations cycliques de l’humeur, un trouble récurrent de l’humeur avec tantôt des phases d’euphorie et d’excitation intenses avec une augmentation de l’énergie (les phases «maniaques» ou «hypomaniaques»), tantôt des baisses de l’humeur, (des phases «dépressives»), avec des intervalles plus ou moins longs. La personne bipolaire oscille souvent entre la normalité et la folie. Elle peut se sentir « anormale » et « malade », mais les autres peuvent aussi la faire se sentir « folle » et pas dans la norme. En pratique, une personne bipolaire va éprouver des émotions démesurées, alternant entre période d’exaltation anormale où elle se sent pleine d’énergie, brillante et sociable et ne dort quasiment pas, et période où elle est au plus mal et ne se sent capable de rien. Entre les deux, la stabilisation prend la forme d’une vie sans trop de hauts et de bas, rendant celle-ci beaucoup plus supportable à l’entourage ainsi qu’à la personne atteinte de ces troubles.

Dans les moments les plus difficiles à gérer, durant ces phases de vie où les troubles prennent un tournant destructeur, le bipolaire fait un pacte avec le diable. «Un bipolaire qui se sent « très haut » perd la notion de ce qui est responsable, il peut signer des chèques en blanc, avoir une attitude risquée, inconsidérée. Quand il se sent « très bas », il peut être en proie à un profond mal-être, qui peut mener jusqu’au suicide». Heureusement, il existe des traitements pour se stabiliser et mener une très jolie vie sans perdre sa folie.

la-folie

Existe-t-il un traitement?

«Il faut une prise en charge prolongée pour permettre au patient bipolaire de retrouver une humeur stable», préconise les psychiatres. Ce qui passe par un traitement sur plusieurs années, voire à vie, et la prescription de médicaments, des thymorégulateurs, comme le lithium, qui agissent directement sur l’humeur. Le lithium contribue à la régulation des influx nerveux mais c’est un médicament difficile à prescrire car il peut se révéler toxique à certaines doses. Sa prise nécessite une surveillance accrue par des analyses de sang régulières. Je n’ai jamais pu prendre ce médicament à cause de ses effets secondaires, le psychiatre m’a prescrit du Depakote qui me convient très bien. je dois faire une analyse de sang tous les six mois pour vérifier le bon fonctionnement du foie.

«Au fur et à mesure de son traitement, le patient apprend à reconnaître les signes avant-coureurs d’une crise, maniaque ou dépressive. Dans le premier cas, son traitement sera associé à des neuroleptiques et dans le second, à des antidépresseurs», précise les psychiatres. Et là, je dirais que c’est un apprentissage indispensable pour réussir à bien vivre avec la maladie. Dès lors que l’on arrive à appréhender les signes qui vont nous faire déraper d’un état stable à un état dépressif ou maniaque, on devient maître de nos fluctuations d’humeur, on arrive à se voir fonctionner et on prend de la hauteur par rapport à nos émotions. D’où l’importance du suivi thérapeutique pour être à l’écoute de soi, pour se regarder fonctionner et analyser les motivations qui sous-tendent nos actes, pour mieux appréhender les crises et en atténuer les retombées, pour dénouer les liens au passé pour mieux vivre son présent.

Enfin, les praticiens recommandent aux patients diagnostiqués de ne pas changer de médecin. «Il faut qu’une relation de confiance s’établisse, soulignent-ils. Seul un suivi régulier et au long cours permet d’anticiper les rechutes». C’est en théorie le mieux, mais ce n’est pas forcément la réalité car avant de trouver le bon psychothérapeute, psychanalyste ou psychiatre, auprès de qui la confiance va s’établir, il faut parfois en changer plusieurs fois. Et puis à un certain moment de la thérapie, il se peut que l’on ait besoin de faire un transfert sur un homme et à un autre moment, un transfert sur une femme. Et puis, on peut aussi tenter différentes approches qui seront toutes un pas de plus vers une meilleure connaissance de nous-mêmes.

Quels sont les facteurs déclencheurs?

Les troubles bipolaires seraient aujourd’hui la sixième cause de handicap dans le monde, ce qui est non négligeable. Des troubles qui sont associés à différents facteurs: biologiques, génétiques et environnementaux. Il existe des preuves indiquant que des facteurs biologiques d’origine génétique joueraient un rôle primordial. Quelqu’un ayant des antécédents familiaux de troubles bipolaires aura plus de risques, de prédispositions à la maladie. Auparavant, on parlait de psychose maniaco-dépressive, c’est un terme qui fait peur car les psychoses dans le langage courant renvoient à la folie. Il n’en reste pas moins que la bipolarité est une maladie avec des phases maniaques et des phases dépressives. Pour les personnes les plus fragiles, hypersensibles, un deuil, une séparation, un divorce, la perte d’un emploi, des abus sexuels, la maltraitance, l’abandon sont autant d’événements pouvant déclencher un épisode de bipolarité. Il existe aussi bon nombre d’explications biologiques, trouvant leurs sources dans les dysfonctionnements de certaines parties du cerveau. Mais là, ce n’est plus de mon domaine et de nombreux articles sont écris à ce sujet.

Si la dimension génétique et biologique complexe du trouble est clairement établie, il ne faut pas pour autant éliminer le stress,  amenant le sujet à une plus grande fragilité et vulnérabilité. Un excès de stress ou des problèmes familiaux ne peuvent  pas causer cette maladie, mais peuvent être déclencheurs d’un épisode chez les personnes qui sont déjà atteintes.  Les déclencheurs sont des situations qui peuvent provoquer un état maniaque ou dépressif chez une personne qui a déjà traversé un épisode bipolaire. Un stress intense ou une période d’insomnie en sont des exemples.

Certains déclencheurs sont chimiques, comme la prise de drogues illicites, cocaïne, amphétamines, et autres.

Les facteurs déclencheurs psychosociaux entrent en jeu également et notamment en terme de rupture familiale et d’abus sexuels dans l’enfance. Sans doute n’aurais-je jamais déclenché la maladie si j’avais évolué dans une famille structurée me donnant des repères d’amour vrai, mais peut-être serait-elle restée en sourdine jusqu’à ce qu’un événement majeur de stress ne la déclenche. Je ne le saurai jamais et qu’importe, je l’ai déclenchée.

Le trouble bipolaire est  d’origine génétique, et sa survenue d’ordre physiologique ou psychosocial.

Mais il n’est pas facile de mettre un nom sur cette maladie. Pour ma part, l’origine génétique est certaine, et le stress psychosocial également, cependant il aura fallu des années de mal-être avant que je prenne la décision d’aller consulter, puis quelques années encore avant que je sois diagnostiquée et enfin stabilisée grâce aux thymorégulateurs et la thérapie. En France, le diagnostic peut prendre jusqu’à dix ans et cela correspond à peu près à mon parcours. J’ai consulté plusieurs praticiens qui m’ont tous aidée à avancer un peu loin dans la découverte de moi-même, de mes résistances à mes dénis, mes refus de la réalité aux acceptations de mes peurs. Mais il aura fallu quelques mois de thérapie supplémentaire auprès d’un psychiatre pour mettre un nom sur la maladie, trouver la bonne molécule et le bon dosage.

La bipolarité et moi

J’ai donc découvert en faisant un bout de chemin auprès d’un psychiatre, que j’étais bipolaire mais qu’en prenant le thymorégulateur adapté toute ma vie, je pourrai vivre « normalement ».

A chacun sa « normalité ».  C’est quoi être « normal » ou « anormal », où est la frontière ? Est-ce que ce qui nous traverse l’esprit est normal ? Nos pensées, nos émotions sont-elles « bizarres » ? Sommes-nous « fous » ou « malades » ? Vous sentez-vous « anormal » ou en souffrance ? Est-ce que Dumbo l’éléphant est anormal ? ou juste différent ? Est-ce une déviance que de ne pas être dans la norme ? Les fous sont-ils des génies ?

 

Les bipolaires sont-ils malades, fous, anormaux ?

                                 « La normalité n’est qu’une question de consensus.                                                          Autrement dit, si la plupart des gens pense qu’une chose est juste, elle devient juste. »                  Paulo Coelho. Véronika décide de mourir.

A certains moments, je me suis sentie malade et anormale. Et je pense que ma vie aurait pu totalement dérailler, que j’aurais pu faire des séjours en hôpital psychiatrique. Est-ce pour autant que j’aurais été « folle » ? Non. J’aurais été une personne en détresse émotionnelle hurlant son besoin d’aide. Mes symptômes étaient (j’utilise l’imparfait car aujourd’hui, ils sont énormément atténués et je passe de longues périodes de plénitude en accord avec moi-même et sans stress) :

En phase dépressive :

  • Plus envie de rien
  • hypersomnie
  • irritabilité
  • super émotivité
  • hypersensibilité
  • angoisse
  • anxiété
  • perte d’énergie et fatigue
  • perte d’intérêt et de plaisir
  • trouble de l’alimentation avec perte de poids
  • retrait social
  • indécision
  • pensées de mort

En phase maniaque :

  • énergie débordante
  • bonheur intense ou irritabilité intense
  • insomnie
  • pensées rapides et trop plein d’idées
  • recrudescence des activités
  • agitation psychomotrice
  • plaisirs augmentés
  • envie de vivre à fond

Une réflexion sur « Je suis bipolaire »

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s