Pourquoi écrire son histoire ?

Ecrire une histoire, un témoignage, un livre

Ecrire son histoire, c’est se dévoiler, se mettre à nu. C’est oser. C’est prendre le risque d’être jugé et critiqué. Ecrire sa biographie demande un lâcher-prise sur ses silences, sur ses émotions et appelle à une grande confiance au lecteur qui va transporter avec lui des secrets restés trop longtemps ensevelis.

Lire une histoire, un témoignage de vie, un livre

Lire le témoignage d’une femme ou d’un homme dont la vie n’a pas été un long fleuve tranquille, c’est accepter de se laisser pénétrer par les émotions, c’est ouvrir son esprit à une grande tolérance. La lecture d’une vie qui est autre que la sienne demande une grande disponibilité d’esprit et une certaine grandeur d’âme.

C’est aussi écouter son coeur et affronter ses propres démons. A travers les mots de celui qui écrit, on plonge dans la peau d’un personnage, on se met à sa place, on se sent ailleurs. L’imaginaire n’a aucune frontière, il nous emporte dans des contrées lointaines, des contrées de l’horreur ou du rêve. Lorsqu’on lit des témoignages, il s’agit bien de la réalité, et cela aide à comprendre le plus de vies possibles, accepter les différences et des façons d’être qui peuvent sans doute nous brusquer mais nous ouvrent à plus de tolérance envers les autres.

Ecrire sur soi, pourquoi ?

Ecrire, pour moi ce n’est pas faire un best-seller ni gagner beaucoup d’argent. Ecrire, cela a été une thérapie, j’ai écris sur moi et pour être à l’écoute de moi. Cela peut paraître égocentrique mais en définitive, cela m’a rendue encore humble. J’avais besoin d’exprimer des silences, et puis regarder les mots se déposer sur une page comme un flot incessant d’une tempête trop longtemps retenue, ça a été un exorcisme. Ensuite, j’ai eu envie d’être lu sans doute pour être mieux comprise car la bipolarité et certains traumatismes de l’enfance nous rendent souvent inaccessibles.

je-depose-mes-mots

LAISSEZ-MOI TRANQUILLE *

Non, je n’ai pas de meilleur endroit que les toilettes, je vais écrire dans les toilettes, m’enfermer dans ces deux mètres carrés, je veux qu’on me foute la paix, même cette mouche m’énerve, j’ai envie de la tuer, comme petite, je prenais un plaisir malsain à mettre le feu aux fourmis, les exterminer, j’ai des envies de meurtre,

Je déteste la mer, oui, oui, je la déteste, j’ai le mal de mer, bien sur, quand je rentre dedans, je n’aime que les vagues qui frappent mon corps, et j’ai peur de celles qui pourraient m’emporter au loin et me retenir prisonnière, loin de la terre.

L’amertume, le goût amer et l’effet(mère), j’ai les dents qui se resserrent, la mâchoire fermée à bloc ; j’ai mal partout, mes chevilles m’empêchent de descendre un escalier correctement, le corps qui parle à mes chevilles ; j’avais à peine quatre ans, papa est devenu fou car je lui ai cassé son poste de radio tout neuf, il n’arrêtait pas de me taper, ma mère hurlait pour qu’il arrête, je suffoquais… « l’apertume », çà existe comme mot ? et quel père, paire de père, perd (re)père ?

je vais prendre mes cachets, çà ira mieux ….voilà, c’est fait…ma mère a eu un instinct maternel, un jour ; comment (faire) pour sortir de cet en(fer)mement, juste en (sort)ir, (sort)ilège, la magie de la vie ?

Je deviens folle.

 *Extrait du livre « Adieu Voleurs de Vie »

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Ecrire sa biographie

 L'écriture et moi
SEANCE CHEZ MON PSY *

 – J’ai eu cette nuit des visions assez originales, je pourrais dire que j’ai fait un rêve étrange, très enrichissant pour autant que je sache y percevoir la profondeur de sa signification :

J’étais avec une amie, ou plutôt une amie naissante, puisqu’elle commençait à se livrer à moi comme sa confidente se dévoilant au travers d’un écrit, un roman édité il y a quelques années et qui avait eu un succès imposant, mais qu’elle avait enfoui, caché, pour ne le ressortir qu’à ce jour, sous mes yeux émerveillés.

J’ai essayé d’analyser ce rêve car c’est la première fois que je songe d’écriture et c’est sans doute un puissant signal de mon inconscient, pour me dire ou me révéler ce que je sais peut être depuis des années et que je n’ose entreprendre ; écrire, être là devant ma page blanche, face à moi, et déposer des mots qui se suivent et se mêlent pour devenir des phrases, belles quelquefois, poétiques ou insignifiantes aussi, qui me font penser que j’existe, que je suis, et qu’il faut apprendre à s’aimer, à se connaître, à mieux s’appréhender, se discerner, à mieux vivre avec ses états d’âmes et les autres.

Il est étrange ce fonctionnement cérébral, qui me pousse à faire des choses, à avancer, à me bousculer et qui met des années à voir le résultat de ses multiples avancées, presque des batailles qu’on aurait cru perdues d’avance, presque sans raison d’être, et puis, c’est l’éclaircie, un jour, sans explication, la révélation, d’autres diraient le signe de Dieu, moi, je vais dire le « signe » tout simplement, celui qu’il ne faut pas rater, c’est le train qu’il ne faut pas laisser passer, la chance qu’il faut saisir. Les choses n’arrivent jamais sans raison, il y a toujours un début et je ne parlerais pas de destin car je n’y crois pas, mais je pense que chacun se trace un chemin semé de pierres, de rivières, torrents, montagnes, et de lacs ; un chemin bercé des rayons du soleil ou de la colère des cieux, la chance de bien naître ou la malchance d’avoir été conçu. De la source coule les eaux et pour ma part, elle fut de bonne qualité. J’ai eu de la veine, mais si je continue à vivre sans ouvrir les yeux sur le bonheur qui est près de moi, je me réveillerai un jour, vieille et ridée, vide et sans saveur et il sera trop tard pour rattraper cela.

– Oui il sera trop tard mais aujourd’hui vous accomplissez le travail nécessaire et c’est cela l’important. Racontez- moi comment c’est passé votre semaine

– Ma semaine, c’est un océan d’amertume, une rencontre encore ratée avec ma mère, Cupidon a raté son coup ou il n’a pas visé la bonne cible … ! Elle me dit que je n’ai pas d’amour en moi, je lui ai rétorqué « non, vous me l’avez volé ! ».

– Qu’avez-vous éprouvé ?

– J’ai ressenti une vague d’incompréhension entre nous. De l’amour, j’en ai eu, inconsidéré, passionnel, qui m’a fait oublier que peut être il fallait exister. Je l’ai toujours, il me ronge, il empiète sur ma volonté à être enfin moi, et non plus cet objet que l’on manipule avec grande prudence « attention fragile ».

– Et votre mère, comment a t-elle réagi ?

– Elle a toujours le même discours, les mêmes arguments, « avec tout ce que l’on a fait pour toi », « tout ce que nous t’avons donné », « B a fait plus qu’un père, il n’était pas obligé, ton père, il n’a rien fait pour toi, il n’a pas été digne, il n’a pas assuré et aujourd’hui, c’est lui qui récolte ton amour », « et ton futur mari, c’est lui qui te monte contre nous, c’est à cause de lui que tu fais cette thérapie … de merde… », « à quoi elle te sert cette thérapie, pourquoi tu ne parles pas plutôt avec moi ? »

– Que lui répondez-vous ?

– Je lui réponds que cette thérapie m’ouvre les yeux, que grâce à elle, je vais enfin pouvoir être heureuse de vivre totalement et que la vérité c’est qu’elle voudrait que je sois heureuse mais que le seul bonheur qui puisse mériter ses faveurs serait celui qu’elle veut me donner. Elle me répond que j’ai tord de dire ça, que je suis agressive et que j’ai besoin de me venger. C’est vrai, il est des périodes dans la vie où le désir de vengeance vient empiéter sur celui d’amour et cela, je veux en finir, j’ai eu besoin d’évacuer ma violence refoulée, mes non dits accumulés, je l’ai fait sans culpabiliser, je devais en passer par là et faire du mal autour de moi. Aujourd’hui, je veux choisir ma route, la seule qui soit bonne pour moi, ma vérité et ma décision.

– L’analyse est indispensable à qui veut répudier ses démons, comprendre ses réactions à chaque instant et mieux gérer ses émotions.

– Pour moi, en plus d’être une aide psychologique, elle est une découverte de l’être humain très enrichissante, c’est toujours avec plaisir que je viens vous voir, j’y trouve un échange de mots, un partage de maux et ce dialogue qui amène chaque fois de nouveaux rebondissements me fascine. Mais c’est aussi un luxe, un privilège qui me met mal à l’aise…quand tant de souffrances autour de nous…tant de cœurs d’enfants meurtris, de vies d’adolescents fêlées, de blessures d’adultes très mal recousues, de cicatrices à travers un monde d’indifférence, d’individualisme, de pouvoir et d’argent, de cruauté. L’amour, lorsque je le rencontre, dans le cœur d’un homme, me réconforte et me redonne espoir.

– Que pensez-vous de vos erreurs de parcours ?

– C’est très difficile d’avouer ses égarements et de déchiffrer les mille tremblements de tête, de cœur et de corps, lorsque ces trois gouvernails ne se plaisent plus à composer ensemble et font dérailler tout un système qui commençait doucement à se mettre en place. Aujourd’hui, même la vérité ne m’apparaît plus authentique. Mais l’ai-je déjà entraperçu un jour ? Authenticité rime avec jeu de poker…Ma route pour être la femme que je pensais mériter d’être est à l’horizon si éloignée, si ridiculement petite, j’ai peur de ne jamais la croiser et qu’elle ne m’échappe pour toujours, m’abandonnant moi aussi trop dérisoire encore. J’ai pensé bien à tord que j’avais réussi à chasser mes démons, j’étais juste parvenu à les dompter le temps d’une tournée de cirque ; quelques coups de fouets bien donnés au bon moment, ils se sont tapis au fond de la grotte attendant le moment propice à pouvoir me dévorer sans crainte de représailles. J’ai plus grand chose dans les tripes, à peine quelques mots à coucher sur du papier et du mépris pour tout ce qui appartient à cette main dont le stylo parcoure les lignes rectilignes et monotones d’une page blanche à petits carreaux tout aussi monotones.

– le mépris, « sentiment par lequel on juge une personne ou une chose indigne d’estime et d’égards », vous dîtes ne mériter ni appréciation favorable, ni considération, ni respect et paradoxalement, vous pensez pouvoir mériter votre place de femme … ?

– oui, j’aimerais être digne de m’aimer et de faire partie de ce que l’on appelle « humanité », cet ensemble de particules humaines, riche en bassesse, lâcheté et cruauté qui ferait bien de revoir son humanisme. Cette parenthèse mise à part, vous aurez bien compris que trouver sa place dans ce monde déshumanisé est déjà pour moi une épreuve quasi invincible, qu’il va me falloir une énergie et une croyance redoutable pour trouver ma place d’être humain déguisé en femme. Pour les déguisements, j’ai ce qu’il faut en magasin, ils me collent tellement à la peau qu’il faudrait que je mue pour m’en débarrasser. On me dit lunatique, je ne me suis simplement pas trouvé un masque qui devienne mien à part entière, alors je navigue en eaux troubles, je tangue, je surfe sur des vagues plus ou moins houleuses dont certaines lames de fond m’emmènent dans la profondeur de ma détresse émotionnelle.

Je suis comme asphyxiée, en totale pénurie de désirs, en plein désœuvrement et désordre mental.

*Extrait du livre « Adieu Voleurs de Vie »

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