La parole et la foi pour se construire

J’AI LA FOI

Je ne m’étais jamais beaucoup questionné sur le religieux et sur la religion, mon approche du spirituel était très superficiel et ma vie avait été jusqu’alors portée par l’avoir plus que par l’être, mes préoccupations portées par le physique plus que par le psychique.

Je vivais dans un univers sportif, et mon principal souci était de garder un corps ferme, mince, musclé et sensuel. Je basais tous mes rapports humains sur la séduction et celle ci passait forcément par une approche sexuelle qui me collait à la peau et qui se respirait autour de moi.

Lorsque j’ai rencontré mon deuxième mari, j’ai commencé à entrevoir une autre possible réalité et certains évènements que je ne saurais nier m’ont démontré à maintes reprises que peut être ma vision du monde était réductrice, que j’avais un long chemin à parcourir avant de ressentir ce que peut être la foi et que la rencontre avec « celui qui est » ne peut se faire sans un long et périlleux voyage jusqu’au bout de l’enfer, cet enfer’mement indispensable à toute introspection.

J’allais y rencontrer les bêtes féroces, les dragons et les monstres qui avaient peuplés mon esprit torturé, j’avais rendez-vous avec mon autre, celle qui était petite et fragile et qui n’osait s’exprimer de peur d’avoir à se confronter à des forces encore plus malignes et perverses.

Recevoir l’autre qui habite en nous mais qui reste sous silence et sous haute surveillance, c’est un peu comme accepter Dieu.

C’est se laisser envahir par ce qui nous apparaît insondable, venu d’un univers inconnu mais dont on ne peut nier l’existence même invisible, indicible et hors du champ de notre compréhension intellectuelle.

C’est se laisser envahir par une connaissance intuitive qui nous chuchote qu’il existe un ailleurs, que tout cela n’a rien de concret ni de palpable mais que cette réalité se fonde avec la sensation inexprimable de cette union et de ce partage de notre conscience arrivée à la frontière de l’irréel, du mystère insondable des dieux, des rêves, de l’imaginaire et de l’inconscient.

Dieu n’est qu’un symbole pour recouvrir l’inconnu de l’être, et l’être n’est qu’un autre symbole pour renvoyer au Dieu inconnu.

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant d’un homme inconnu et que j’aime et qui m’aime et qui n’est chaque fois ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. » Paul Verlaine.

Serait-ce cela la confrontation avec Dieu, un duel insaisissable qui sort du champ de notre compréhension et de notre raison, un face à face avec un pressentiment, avec un ressenti qui se propage comme une onde de lumière, comme un courant électrique qui nous donne des frissons d’une peur mêlée d’une béatitude infinie et qui nous laisse avec un arrière goût amer et sucré d’avoir approché le sublime dans le doute absolu.

Et je me réveille en me disant que j’ai fait le rêve le plus fou et le plus merveilleux de toute mon existence car je me suis vue dans cet engagement avec celui qui est mais qui n’est pas, avec cet autre d’un au delà où les êtres humains n’ont plus aucune réalité, ne sont plus qu’un nuage léger d’une transparence pure et de toute beauté, qui n’existe plus sur planète terre.

Ce rêve m’a transporté vers un idéal de vie qui ne se joue qu’avec la mort, celle de toutes nos futilités terrestres, nos pauvres réalités matérielles et nos piètres valeurs.

Il m’a laissé comme un sentiment d’étrangeté et je me suis demandée pendant les quelques minutes qui ont suivi mon réveil si je n’étais pas devenue une femme inconnue aimée de Dieu et reconnue de lui, qui n’est depuis ni tout à fait la même ni tout à fait une autre.

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