Mon combat pour le bonheur

LAISSE-MOI VIVRE

Ce jour, 2 janvier 2017, j’ai décidé d’achever ce livre commencé il y a de nombreuses années, revu, corrigé, mis de côté, oublié dans une mallette cachée dans la maison mais toujours resté dans un coin de ma tête.

Je l’ai parcouru et sur un passage, j’ai fondu en larmes en criant « laissez-moi tranquilles ! ». Ce chapitre intitulé « lettres de menteurs », a déclenché beaucoup d’émotions, allant très vite de la rage à la colère et lorsque j’ai séché mes larmes et calmé ce désir brûlant de les avoir là devant moi, de pouvoir assouvir ma vengeance, j’ai entendu cette petite voix qui me susurre à l’oreille «laissez-moi vivre ».

Ces personnes ne sont plus là, l’une est morte depuis 2006, l’autre est loin, à des milliers de kilomètres depuis la même année.

Je ne crains plus rien, seuls mes cauchemars, monstres, idées noires peuvent mettre en péril mon piètre équilibre, me laissant emprisonnée dans des schémas répétitifs, dans ce labyrinthe où je trouve refuge face à mes dénis et mes peurs irrationnelles.

J’ai toujours écris aussi longtemps que je me souvienne, j’étais tellement seule que j’ai commencé à être « deux », opposition, conflits intérieurs, ambivalences, menaces latentes et je me suis épuisée dans ce combat, dans mes désordres alimentaires, mes compensations, mon refus d’être digne de mériter un peu de bonheur, mon impossible construction.

Je suis restée pendue à me balancer tel un yo-yo, cordon ombilical me rattachant sans cesse à mes désirs primitifs, ou fils des Parques laissé à la volonté suprême des adultes décisionnaires du futur en devenir de leurs enfants, et j’ai attendu que Thésée vienne me libérer.

Il est arrivé en 2003, et ne m’a plus quitté. Il a combattu mes monstres à mes côtés, avec conviction, rage, colère, dépit, douceur, tendresse, et sans aucun doute avec l’Amour le plus vrai qu’on ait jamais su me donner.

Je me bats depuis des années pour défaire les liens noués de mon enfance et trouver les clés magiques des portes des méandres que les adultes ont construit autour de moi, me faisant vivre dans le palais de la bête et la belle ou dans celui de la belle au bois dormant qui pour survivre, préféra s’endormir dans son monde imaginaire en attendant son prince.

J’ai vécu des années dans la certitude que je n’étais pas, je me suis leurrée dans tous les domaines de mon existence, recherchant à tout prix l’émotion qui était morte en moi.

J’ai vivoté comme une jolie plante que l’on arrose un peu chaque jour, les racines bien implantées dans une terre qui n’était pas mienne.

une jolie plante

Un jour, un peu avant mon divorce, j’ai commencé à vouloir trancher ces racines et à me rempoter ; à l’image de Psyché, j’ai allumé ma lampe à huile pour y voir l’amour car à vivre sans en connaître le sens, la vie n’en a aucun, je ne parle évidemment pas de mon amour pour mes enfants qui est incommensurable.

Depuis de nombreuses années, je surmonte les épreuves, et j’avance. Un pas en avant, la peur au ventre, c’est chouette d’aller bien, faut pas croire que çà va être simple, deux pas en arrière, les résistances débarquent, revoilà le pitbull, les angoisses, la déprime.

C’est le cercle infernal de la vie d’un bipolaire.

Depuis quelques années, je suis sous Depakote, un thymo-régulateur, çà régule en moins pire. En réalité, durant des années je me suis battue contre l’autre qui ne voulait pas me quitter, mais la vérité c’est que moi, je ne voulais pas qu’elle s’en aille. Elle me tenait chaud l’hiver, elle m’empoisonnait, je la détestais.

Elle m’etait néfaste, elle me rendait service, je m’abritais en elle.

Aujourd’hui, je dis non,  laisse-moi vivre !

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