Un rire d’enfant brisé

Il reste toujours quelque chose de l'enfance

Jusqu’où peut aller le pouvoir des adultes sur un enfant, jusqu’où peuvent ils se donner le droit de posséder le corps et le coeur d’innocents non consentants ?

L’inceste fait vivre dans la peur, désemparés devant tant d’incompréhensions, la souffrance d’amour est incommensurable, rien n’est logique, la manipulation affective et le chantage encombre un coeur d’enfant ne laissant plus de place sauf à de l’amour tronqué.

INCESTE *

Inceste, relations entachées de sexualité entre parents très proches, tueuses de vrais sentiments d’amour, d’élans de vie, de rires et de tendresse. Lorsque l’on est enfant, on aime rire et chanter, jouer à la poupée, au papa et à la maman, on est dans l’insouciance totale et sans mesure de ces moments qui n’appartiennent qu’à l’enfance et qui restent sous le joug décisif des adultes.

Moi, c’est B qui a décidé de m’ôter mon indolence et de me voler ces instants qui devraient rester aussi légers et purs qu’un vol d’oiseau mais qui deviennent pour certains enfants aussi lourds et porteurs de subversion que le dragon de nos pires cauchemars, symbole du mal et des tendances démoniaques. Aux yeux de ma mère, il n’y avait rien qui puisse mériter autant d’admiration même pas moi, qui suis pourtant venue de cette terre chaleureuse et de ces eaux chaudes, son ventre qui a su me donner forme et protéger ma venue dans ce monde qui n’allait pas tarder à devenir hostile, sombre et sauvage.

« Le dragon est d’abord en nous », je suis sans doute née avec un dragon niché à l’intérieur de mon antre obscur, sombre et profond. Lui, c’était mon héros et c’était aussi Dédale, constructeur ingénieux du labyrinthe, apprenti sorcier déguisé en ingénieur ne connaissant pas les limites de son pouvoir, confusion dans laquelle il m’enferma avec les monstres de mon imagination qui n’avaient de cesse de m’effrayer et de m’emmurer dans un mutisme grandissant. Malgré les années passées, je me sens encore très souvent enfermée dans cet enchevêtrement de peurs, doutes et incertitudes. Et je crains d’avancer, je suis une gamine et j’attend que maman vienne me rassurer, me dire que la vie n’est pas ce que je pense, qu’elle vaut la peine que l’on se donne la volonté de s’en sortir et qu’elle m’aime plus que je ne le crois. Il a pris ma mère, et il a pris maman à papa. Il est le ravisseur du seul amour auquel je me suis raccrochée toutes ces années.

« le dragon est d’abords en nous ».

B n’a pas jamais su dompter ses forces obscures, et je dirai même qu’il ne l’a jamais souhaité, préférant sous couvert d’une philosophie merveilleuse d’amour et de don de soi, faire subir aux autres, les plus faibles et les plus manipulables, la perversité de ses fantasmes qu’il lui fallait mettre en forme d’une manière ou d’une autre. J’étais sa principale source de pulsions fantasmatiques, il était le héros d’un monde que j’avais crée et que j’ai maintenu même au plus fort de mes doutes.

Car en brisant ce mythe, j’ai brisé toutes mes illusions sur un monde qui m’effraie et sur une nature humaine qui me répugne. 

*Extrait du livre « Adieu Voleurs de Vie »

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